Le couperet est tombé un lundi de juillet, et son écho traverse encore l'été politique belge. Le rapport du comité de monitoring, ce groupe de hauts fonctionnaires chargé de surveiller la trajectoire des finances publiques, chiffre à 7,7 milliards d'euros l'effort minimal que le gouvernement fédéral doit consentir d'ici 2029 pour respecter la norme de dépenses européenne. À l'horizon 2031, la facture grimpe à 9,8 milliards. Près de trois milliards de plus que ce qui était estimé en mars.

Pour le Premier ministre Bart De Wever (N-VA), la formule tient en quatre mots empruntés à Margaret Thatcher : « There is no alternative ». Une phrase répétée depuis la publication du rapport, et qui résume l'état d'esprit d'une coalition Arizona qui joue à la fois sa crédibilité budgétaire et sa cohésion interne.

7,7 Mds €Effort minimal d'ici 2029
9,8 Mds €Effort cumulé d'ici 2031
25,68 Mds €Déficit fédéral 2026
123 %Dette publique projetée / PIB

Un déficit à 3,9 % du PIB, et une dégradation programmée en 2027

Les chiffres du comité dessinent une pente inquiétante. Le déficit du pouvoir fédéral s'établira cette année à 25,68 milliards d'euros, soit 3,9 % du produit intérieur brut. En 2027, le solde de financement se détériore encore de 7,334 milliards, l'équivalent de 0,9 point de PIB supplémentaire.

Trois moteurs expliquent cette dégradation : la hausse des dépenses primaires (+3,2 milliards), l'alourdissement des charges d'intérêts (+2 milliards) et la diminution des recettes non fiscales (−2,3 milliards). C'est ce troisième facteur qui inquiète le plus les économistes, parce qu'il révèle l'épuisement des recettes exceptionnelles qui ont, ces dernières années, servi d'amortisseur.

Quand on cumule une dette élevée et des déficits importants dans un contexte de hausse des taux d'intérêt, on finit par se retrouver avec le fameux effet boule de neige des intérêts. Bart De Wever, Premier ministre

La référence historique est explicite : les années 1980, lorsque la Belgique voyait sa charge de la dette dévorer une part croissante du budget de l'État. Le chef du gouvernement rejette pourtant la métaphore du Titanic filant vers l'iceberg, brandie par l'opposition. « La collision a déjà eu lieu il y a quelques années », a-t-il répondu à Paul Magnette (PS) en séance plénière de la Chambre.

La TVA, pierre d'achoppement de la coalition

Parmi les leviers capables de générer des recettes rapides, la fiscalité indirecte occupe la première place. L'hypothèse la plus discutée consisterait à relever le taux normal de TVA de 21 % à 22 %, une mesure qui rapporterait environ trois milliards d'euros par an — près de 40 % de l'effort total requis. En parallèle, un taux intermédiaire unique de 9 % remplacerait progressivement les taux actuels de 6 % et 12 %.

La piste, défendue en interne par le Premier ministre, se heurte à l'opposition frontale du MR. Son président Georges-Louis Bouchez refuse toute hausse de la pression fiscale et préfère cadrer le débat en termes comptables : « Notre problème n'est pas idéologique, il est mathématique », a-t-il lancé à la Chambre, graphique de la Cour des comptes en main.

Les pistes sur la table

  • TVA : taux normal à 22 %, taux intermédiaire unique à 9 %.
  • Soins de santé : révision de la norme de croissance des dépenses.
  • Niches fiscales : revue des déductions et régimes dérogatoires.
  • Fraude fiscale : renforcement du recouvrement et des contrôles.
  • Marché du travail : réformes structurelles visant le taux d'emploi.

Un calendrier tendu jusqu'à la mi-octobre

L'échéance du 21 juillet, un temps évoquée pour boucler un accord, a été abandonnée. Plusieurs ministres ont fait savoir, publiquement ou en coulisses, qu'il valait mieux ne pas s'enfermer dans un délai intenable. La véritable négociation s'ouvrira donc à la rentrée, avec un objectif clair : un accord global avant la mi-octobre, date à laquelle le budget doit être déposé auprès de la Commission européenne.

« The proof of the pudding is in the eating. À la mi-octobre, ce pudding devra être terminé, sinon nous nous retrouverons dans une situation épouvantable », a résumé Bart De Wever depuis le sommet de l'OTAN à Ankara. Le Premier ministre se dit convaincu qu'il est possible de « tailler dix milliards dans le budget sans freiner la croissance économique ».

Ce que dit la norme européenne

Le critère qui s'impose désormais aux États membres n'est plus seulement le solde nominal, mais une norme de dépenses pluriannuelle. Concrètement, la croissance des dépenses primaires nettes doit rester inférieure à celle du potentiel économique. C'est cette règle qui transforme un dérapage ponctuel en trajectoire non conforme, et qui explique que l'effort soit étalé jusqu'en 2029 plutôt que concentré sur un exercice.

Ce qu'il faut surveiller à la rentrée

  1. La méthode de travail que le kern doit arrêter en septembre, qui déterminera si les partis négocient poste par poste ou dans un paquet global.
  2. Le sort réservé à la fiscalité patrimoniale, ligne rouge symbolique pour plusieurs partenaires.
  3. L'arbitrage sur les soins de santé, où chaque dixième de norme de croissance représente des centaines de millions.
  4. Le rapport d'automne du comité de monitoring, qui pourrait encore réviser l'effort à la hausse.

Une chose est acquise : quelles que soient les mesures retenues, elles seront impopulaires. Le gouvernement l'admet lui-même. La question qui reste ouverte est de savoir qui, des ménages, des entreprises ou des budgets sociaux, en portera la part la plus lourde.